Comment se dessine l’avenir du shônen ?

À la base, j’étais parti pour faire une revue de cinq shônen débutés ces dernières années et qui constitue l’avenir de ce secteur. Mais à la simple liste de cinq titres j’ai finalement préféré cette version plus rédigée et moins centrée sur les titres en question. Ce qui donne l’article que vous allez lire, qui se concentre davantage sur le futur du shônen au travers différentes thématiques que sur les titres en eux-mêmes.

Le paysage du shônen est actuellement en plein chamboulement. Alors que de nombreux titres ont pris fin ces dernières années, à commencer par Fullmetal Alchemist en 2010 puis Soul Eater et Naruto en 2013 et 2014, d’autres tendent eux aussi à se terminer plus ou moins prochainement (Bleach, One Piece…). Entretemps, d’autres séries désormais connues de tous ont débuté (L’Attaque des Titans, Akame Ga Kill!). Et une nouvelle vague de nouveautés est en train de surfer sur la France, la plupart ayant débuté il y a moins de deux ans au Japon.

Ces séries représentent, qu’on le veuille ou non, l’avenir du shônen. Cet avenir se construit de différentes manières selon les titres, les auteurs et les générations.

Le renouvellement constant des grands auteurs

La première chose qu’a su faire Hiromu Arakawa après la fin de son manga culte Fullmetal Alchemist fut de se renouveler complètement. Si on exclut le moyen Hero Tales (publié de 2006 à 2010), l’auteure changea radicalement de contexte avec Silver Spoon, un tranche de vie lycéen et agricole. Autant dire qu’elle pouvait difficilement faire plus opposé à sa précédente oeuvre. Et pourtant, Silver Spoon est aujourd’hui reconnu comme une oeuvre de haut niveau, notamment pour son histoire. Elle arrive désormais peu à peu à son terme, même si le manga peine à se terminer.

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Dans le manga, on retrouve immédiatement la patte d’Arakawa, notamment sur les expressions faciales.

 

 

Mais alors, comment parler de renouvellement pour une auteure qui repart dans une histoire plus « classique » comme The Heroic Legend of Arslan ? Tout simplement parce que malgré les apparences, cette oeuvre possède de nombreuses particularités, la différenciant notamment de Fullmetal Alchemist. Dans les similitudes, on notera évidemment le design des personnages, extrêmement proche de ceux de FullMetal Alchemist. Et pas seulement à quelques similarités. Impossible de ne pas reconnaitre le trait d’Arakawa ici, en bien comme en mal. Par contre, l’histoire tranche énormément avec le manga culte de la mangaka. Écrite par Yoshiki Tanaka (dont le manga est en réalité l’adoption de son propre roman), le cadre s’y veut beaucoup plus réaliste et historique. À de nombreuses reprises, les dates seront mentionnées, à la manière d’un livre d’histoire. La narration rend ainsi l’histoire très solennelle, comme si on suivait…un récit historique. Justement. On est bien loin de l’histoire bien plus « personnelle » des frères Elric. Une manière d’évoluer tout en conservant un style très personnel.

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L’oeuvre a un aspect fortement historique : les guerres, l’esclavage et d’autres thèmes liés y seront ainsi abordés. (source)

Pour le duo Obata/Ohba, les choses furent similaires. Après leur désormais culte Death Note, le duo enchaina1 avec Bakuman, narrant l’histoire d’un duo de lycéens aspirant à devenir mangaka. Là aussi, l’histoire aux apparences de tranche de vie et bien plus réaliste tranche radicalement par rapport à leur oeuvre précédente. Et encore une fois, leur dernière production, Platinum End, revient sur les premières habitudes du duo. À savoir une histoire mêlant notre monde à des conditions surnaturelles, voire divines, le tout au travers d’un lycéen relativement blasé de la vie (dans le cas Platinum End, le niveau de blasage est tout de même assez élevé). Ce dernier faisant la rencontre d’un être divin qui le dotera d’un pouvoir tout aussi extraordinaire.

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Un lycéen rencontrant un ange, on dirait Death Note inversé. Et pourtant, Platinum End n’a presque rien à voir…

 

 

Là encore, on semble parti pour un copier-coller de leur série culte. Et pourtant, Platinum End arrive lui aussi à se détacher fortement de son prédécesseur. La base est la même, mais les éléments développés sont différents. Le bonheur et sa quête sont ainsi les principaux thèmes développés dans le premier tome. À ceux-là pourraient s’ajouter plus tard le droit de vie ou de mort ainsi que l’amour. Bien loin de la réflexion sur la justice que menait Death Note. Encore une fois, on repart sur une recette gagnante mais en changeant quelques éléments. Ce qui suffit au duo pour se renouveler.

 

Fire Brigade of Flames : le banal ennuyeux succède à la folie

Les deux précédents cas avaient pour particularité d’avoir enchainé leurs succès avec des oeuvres radicalement différentes. Mais d’autres peuvent désirer continuer sur la même voie, ce que fit en partie Hiromu Arakawa avec Hero Tales, qui semble être davantage un manga transitoire qu’une véritable nouvelle oeuvre majeure. Et c’est donc ce que décide de faire Atsushi Ookubo, l’auteur de l’excellent Soul Eater, avec Fire Brigade of Flames. On reste dans le shônen d’action mais avec un univers bien plus orienté vers la science-fiction que le fantastique. Et c’est à peu près tout.

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On conserve cependant la qualité des combats. Et c’est tant mieux.

Atsushi Ookubo ne réinvente pas les codes du shônen, loin de là même. L’histoire est rudement classique, avec un personnage principal rejoignant un groupe réduit d’autres gentils. Et sera rejoint (très) rapidement par un rival presque par nécessité, à défaut de réel intérêt. Enfin, l’écriture peine réellement à décoller tant cela reste bas dans l’originalité. Ce n’était déjà pas un point fort de l’auteur dans Soul Eater, mais au moins il compensait par une action omniprésente et un univers riche. Pour l’instant, Fire Brigade of Flames se contente de confrontations forcées ou d’un pseudo-tournoi pour faire évoluer son intrigue. Bien faible. Surtout avec un rythme lent insupportable, casant quasiment trois flashback sur deux chapitres et la moitié sur une même mission. Tout ça pour rappeler que “ouin ouin le mc a perdu sa famille”. On s’ennuie donc très rapidement, les personnages étant loin d’être des bêtes de charismes. Et c’est dommage car si comparaison n’est pas raison, c’était clairement une des forces de Soul Eater. Enfin, ponctuez le tout de petites scènes fan-service maladroites et vous vous demanderez si l’auteur de Fire Brigade of Flames est bien Atsushi Ookubo2

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Truc bien relou : le fanservice ultra forcé de ce personnage.

On se retrouve alors avec un manga rapidement lassant tant par sa forme banale (le dessin rappelle évidemment Soul Eater mais sans cette petite touche qui faisait tout le sel de ce dernier) que pour son fond inintéressant. Surtout que l’auteur semble parti pour exploiter des thèmes similaires à son best-seller, à savoir l’acceptation de soi et la famille. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, l’auteur ayant le droit de vouloir réutiliser certaines thématiques qui peuvent lui tenir à coeur. Mais avec Fire Brigade of Flames, on a l’impression de faire du surplace. Même si le pire reste tout de même cette écriture affreusement banale et impersonnelle, dans laquelle les événements s’enchaînent mécaniquement. Le manga ne sort tellement pas des sentiers battus qu’il s’y enferme et devient un pâle reflet de son prédécesseur. L’auteur a échoué à se renouveler et propose simplement ce qu’il faisait déjà avant. Mais en moins bien. De quoi vite se lasser.

Les héritiers de la culture shônen

Le très sympathique My Hero Academia fait lui parti des petits nouveaux. Écrit par un auteur considérablement jeune par rapport à ceux mentionnés dans cet article (Kōhei Horikoshi a 29 ans), le manga fait immanquablement parti de l’avenir. Malgré toutes les arraches qu’il a avec le passé. Car My Hero Academia fait comme Fire Brigade of Flames et ne réinvente pas le shônen de base. On retrouve ainsi une histoire bien classique avec un héros un peu nul mais plein de courage, un rival qui veut absolument être le meilleur et d’autres personnages correspondant plus ou moins aux archétypes du genre. A la différence près que My Hero Academia reprend les traditions à sa manière.

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Izuku est une bonne représentation de cet héritage, étant lui-même fan de ces héros qui ont bercé son enfance

Cela se voit déjà avec son univers qui prend place dans…le Japon actuel. Bien loin des univers farfelues et complètement inédits de One Piece et de Naruto. Et dans ce monde extrêmement actuel, on retrouve des super-héros et autres personnes dotées de super-pouvoir. Ils y sont devenus communs et presque une norme. Comme notre monde (aka la société japonaise) désormais bercé par les héros de nos propres shônen. On voit du shônen partout dans ce monde. Et le personnage principal de la série, Izuku, grand fan de ces super-héros, peut être vu comme le lecteur lambda de shônen cherchant à devenir comme ses idoles. Et le confronte alors à ses rêves en cherchant à le faire devenir lui-même un de ces héros. My Hero Academia reprend donc certes une recette bien connue mais en s’assimilant entièrement des valeurs du nekketsu. L’œuvre baigne complètement dedans, elle en hérite au lieu de les créer. Et cela donne au manga une saveur immanquablement moderne.

Sur la forme, My Hero Academia fait là aussi preuve d’une modernité remarquable. Déjà parce qu’il reprend de nombreux stéréotypes des classiques nekketsu à sa sauce (héros lamentable qui saura se démarquer, rival complètement opposé au héros…). Mais aussi pour son écriture, et surtout la vitesse de sa narration incroyablement rapide. Le moindre combat ne demande quasiment jamais plus de deux chapitres et encore, en incluant son introduction et sa conclusion (le blabla). On rentre ainsi rapidement dans le vif du sujet, on ne perd pas notre temps. My Hero Academia donne l’impression de reprendre les points forts du genre nekketsu, tout en prenant garde à éviter ses défauts. S’il est régulièrement présenté comme le digne héritier de Naruto, ce n’est pas seulement parce qu’il a début peu après sa fin. C’est aussi parce que My Hero Academia est l’héritier de cette génération de shônen dont faisait parti Naruto et à laquelle on peut rattacher One Piece et surtout Dragon Ball. Il s’inspire largement de ces grands noms et offre ainsi une vision neuve du genre. Bref, My Hero Academia est un digne héritier des shônen d’antan et représente à lui seul l’avenir du shônen sur le long terme.

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Des combinaisons moulantes, My Hero Academia s’inspire aussi des comics américains

Et en parlant d’héritage de la culture shônen, impossible de ne pas mentionner One Punch man. Ce seinen3 parodie de nombreux codes des nekketsu de base. Et pour cela, il faut évidement les connaitre. Ainsi, One Punch Man hérite à la fois des codes mais aussi de public ayant grandi avec les shônen. Un public qui connait donc les ficelles dont se moque One Punch Man. L’héritage est donc différent de celui de My Hero Academia, qui lui se renouvelait simplement le genre en y apportant une touche de modernité. One Punch Man ne renouvelle pas mais prolonge simplement le genre et se destine donc au même lectorat qui aura connu les One Piece et autres Dragon Ball. One Punch Man est la marque d’une génération qui a grandi et qui s’est familiarisé avec la culture shônen.

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One Punch Man reprend peut-être de nombreux codes shõnen pour en rire, cela fait également de lui un très sympathique…shõnen !

 

Ce manga est ici légèrement à part des autres oeuvres citées au cours de cet article. Alors que nous parlions de séries qui seront à l’avenir les têtes du marché du shônen et donc du marché adolescent, One Punch Man se destine davantage à être l’héritier des générations précédentes. Le même héritage que pour My Hero Academia donc, mais un usage bien différent. Sans que cela n’empêche One Punch Man d’être une excellente oeuvre pour les lecteurs de shônen. Mais ça, de (très) nombreux articles en ont déjà très bien parlé.

 

 

L’avenir du shônen, entre renouvellement et héritage

On peut voir de plusieurs manières le futur du shônen. D’un coté, on peut voir la nécessité de se renouveler pour les auteurs déjà connus du milieu (Hiromu Arakawa, le duo Obata/Ohba). Sans cela, ils tomberaient dans une lassitude navrante comme cela peut être le cas avec Fire Brigade of Flames. Même si la nouvelle oeuvre de Atsushi Ookubo n’est pas mauvaise, elle ne propose rien de neuf par rapport à Soul Eater et souffre d’une comparaison presque inévitable. Chose que The Heroic Legend of Arslan et Platinum End ont esquivé brillamment, leurs auteurs explorant chacun de nouvelles pistes tout en conservant leur style. (suite aux remarque de @_vallor_ sur Twitter, j’aimerais clarifier ce passage. Je ne cherche pas à dire que The Heroic Legend of Arslan et – surtout – Platinum End n’ont pas été comparés à leurs célèbres prédécesseurs. Simplement que comme ils proposent chacun quelque chose d’essentiellement nouveau malgré quelques similarités, on termine par avoir des oeuvres différentes, avec leurs propres particularités, qualités et défauts. Ce qui rend la comparaison moins importante. Du genre : Death Note c’était trop cool parce que…. mais Platinum End c’était aussi trop cool pour d’autres trucs. Voilà, j’espère que c’est un peu plus claire désormais – sinon hésitez pas à m’insulter me solliciter en commentaire, je suis à votre service !)

Mais les oeuvres qui risquent d’intéresser le plus à l’avenir, ce sont ces « héritiers » de la culture shônen. Les nouveaux comme My Hero Academia ont l’avantage de proposer une vision neuve du genre nekketsu. Héritant à la fois des codes des grands classiques du shônen comme One Piece et Dragon Ball, ils bénéficient également de l’essor de la pop culture occidentale, à commencer par les comics. One Punch Man, comme on a pu le voir, est un peu à part, s’orientant davantage vers le public ayant déjà grandi avec la culture shônen. Mais leur naissance est un plus indéniable par rapport aux nouvelles oeuvres des auteurs de « l’ancienne génération ». Ils lancent un nouveau cycle, qui représente bien plus le futur du shônen car bien plus jeune. Attention, ne voyez pas là une hiérarchisation entre ancienne et nouvelle génération, simplement que ce sont bien ces My Hero Academia qui, de part leur appartenance à une génération toute nouvelle, représentent le plus l’avenir du shônen. Avant qu’une autre génération, certainement celle qui aura grandi avec cette nouvelle génération, ne vienne prendre le relais.

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Roulez jeunesse !

  1. Je dis qu’ils enchainent mais ils font aussi des choses de leur coté. Takeshi Obata dessina par exemple Blue Dragon : Ral Ω Grad avec Tsuneo Takano à l’écriture. ↩︎
  2. Fun fact : en préparant cet article j’ai sérieusement douté à plusieurs reprises sur l’identité de l’auteur de Fire Brigade of Flames tellement le manga fait amateur sur divers aspects (dessin, écriture…) à plusieurs reprises. ↩︎
  3. Alors oui, Kurokawa (l’éditeur français) réfère One Punch Man comme un shônen mais le magazine de pré-publication japonais est bien un magazine de seinen. ↩︎
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3 réflexions sur “Comment se dessine l’avenir du shônen ?

  1. C’est ta vision du futur du shonen et je la comprends mais clairement je suis pas d’accord avec toi. Pour moi le futur du shonen est arrivé avant one punch man et My hero academia. Quel est le point commun entre Noragami/Blue exorcist/D.Gray-man/Magi the labyrinth of magic? Tous sont écrit par des femmes et c’est ça qui est en train de renouveler le shonen en apportant une sensibilité différentes et de l’originalité.

    Aimé par 2 people

    • Effectivement, la multiplication des femmes comme auteurs de shonen lui apporte une vision nouvelle. Mais je pense que cela peut très bien aller avec ce dont j’ai parlé, l’un n’empêchant pas l’autre.

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