Critique – Boku to Kanojo no Koi Log : Quand oser n’est pas succès

Un manga qui serait à la fois novateur et familier, proposant ainsi un regard nouveau sur son genre, ne peut être qu’une bonne oeuvre n’est-ce pas ? Oui. Du moins la plupart du temps. Il ne suffit pas d’intégrer quelque chose de totalement nouveau à une oeuvre ou un genre pour révolutionner le tout1. Il faut que cet ajout ait une réelle pertinence, apporte une réelle plus-value à l’oeuvre. Si cette attention n’est pas menée à bien, cette envie d’innover peut – dans les pires cas – dégrader l’oeuvre. Dans les bons exemples, on peut citer Food Wars qui propose à la fois un excellent manga culinaire tout en moquant ses habituels codes (tout en les réutilisant). Exemple encore plus parlant avec Mon Histoire qui propose là une histoire d’amour de shojo lambda au détail que le personnage principal tient plus de l’ours que du Don Juan. Ses deux séries apportent ainsi un nouveau regard sur leur genre, amenant ainsi une agréable fraîcheur. Mais quand cela ne fonctionne pas, c’est au contraire une certaine incompréhension qui s’installe, perdant un lecteur déçu. C’est le cas du manga dont il va être question le long de cette critique : Boku to Kanojo no Koi Log.

  • D’abord sympathique comédie romantique, le manga devient sur sa seconde moitié un Steins;Gate-like incompréhensible.
  • Rien de particulier à noter pour le dessin, assez classique et qui fait le travail.
  • Ne vous fiez pas au synopsis. Le manga utilise de manière plus que sommaire les eroges ou même la nature lolicon du personnage principal.

Mizuhara Ritsu loves both the 2D beauties of eroge and elementary school students. Also, his friend Bungo is jealous of how he seems to be surrounded by cute girls—there’s his little sister Miri, his tsundere childhood friend Akari, and kuudere Hatori.
One day, Bungo tells Ritsu about an anonymous blogger who writes about the future, and whose vague online self-description seems to match Ritsu. While initially assuming it to be a prank, Ritsu ends up letting his actions be guided by the blog’s horoscope-like hints for the upcoming day…
(Source : MyAnimeList)

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Dat flow.

Dans ces premiers chapitres, Boku to Kanojo no Koi Log propose un schéma simple, similaire à une infinité de comédies romantiques lambda : le personnage principal A est scénaristiquement lié à une fille B qui va se rapprocher peu à peu de lui grâce à la magie du hasard. Classique donc. Avec une petite touche « d’originalité » pour que ce chef d’oeuvre se démarque dans le Monthly Dragon Age (concurrençant ainsi des oeuvres formidables comme Maken-Ki ou High School DxD). Ce détail génial, c’est un blog DU FUTUR.
Plus sérieusement, l’idée du blog insinuant au protagoniste ce qu’il doit faire le long de sa journée n’est pas stupide. C’est même un concept assez intéressant qui, bien exploité, aurait pu ressembler à Steins;Gate ou Mirai Nikki. Surtout qu’il est au début utilisé avec malice. Sans encombrer le récit, il permettait d’apporter une dimension supplémentaire à notre simple romcom.
En terme de scénario, le début de Boku to Kanojo no Koi Log s’en sort justement relativement bien. Encore une fois, le tout reste incroyablement plat et classique. Le protagoniste et son amie d’enfance, en dehors de caractères simplistes affolants, sont sympathiques. Au point que le lecteur n’a qu’une envie, celle de les voir finir ensemble et se faire des câlins tout plein. Mention spéciale à la petite soeur qui, contrairement à celle de Charlotte, est particulièrement attachante. Enfin, le tout est illustré dans une humble simplicité qui fait correctement le travail. C’est légèrement dynamique et les visages sont expressifs. Cela manque de personnalité mais le trait est suffisamment maitrisé pour rendre l’ensemble correct. Mais ce n’est que le début.

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La première partie, simple romcom, était aussi agréable que classique. Preuve à l’appui.

#ZONE SPOILER
Les choses commencent à se gâter dès la fin du premier arc. Ce dernier se termine d’une manière particulièrement brusque, laissant le spectateur dans la surprise. Ce qui, encore une fois, n’est pas une mauvaise chose. Le manga revient au point de départ, relançant l’intrigue de manière similaire mais avec une autre « waifu ». Aucune explication n’est donnée, ce qui n’est pas dérangeant sur le coup. Sauf qu’aucune explication ne sera donnée tout court, ou tout du moins pas clairement. Et c’est là que l’on touche au défaut plus que majeur du manga : le scénario qui est extrêmement mal écrit.
La seconde partie contient un nombre impressionnant d’éléments qui ne sont pas ou alors mal expliqués au spectateur. Le blog, la bonne idée du départ, commence à devenir un élément plus que gênant, complexifiant inutilement le récit. Et pour cause, il n’a jamais été clairement explicité comment fonctionne ce blog, même uniquement pour le lecteur. Certaines scènes, dotées d’une construction assez interessante, sont tellement à coté de ce que l’on pourrait attendre d’un manga du genre qu’elles perdent tout effet. Apparaissent quasi-simultanément des histoires de complots scientifique, de protagoniste du futur, de lignes temporelles et d’ordinateurs quantiques. Tant d’éléments qui n’ont pas à faire dans une romcom classique.

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La imouto. Bien meilleure que celle de Charlotte 👍🏼

Les divers composants de l’histoire sont ainsi très désordonnés et d’autres viennent s’ajouter pendant que le lecteur tente de comprendre un tant soit peu sa lecture. Le point culminant étant l’arc de Fumiko, excellent personnage qui aura droit à un traitement aussi appréciable que sa fin sera abrupte. Particulièrement appréciable grâce à son background qui est le plus chargé de tout le casting, il sera finalement rageant de la voir maltraitée par la narration du manga. Son existence n’est jamais réellement expliquée et ce n’est pas en disant qu’elle est l’incarnation d’un ordinateur qui a absorbé la imouto que Boku to Kanojo no Koi Log va arranger le coup. Et nous balancer gratuitement que le meilleur ami vu seulement dans le premier chapitre est en réalité l’ordinateur portable du père du protagoniste non plus. Surtout que cet élément n’apporte pas de réelles réponses à l’intrigue. C’est limite s’il n’en crée pas davantage.
Enfin, la fin est horriblement rude, se soldant par la disparition de Fumiko suite à un plot twist2 inattendu et d’une pseudo-happy end. Cette fin pose problème parce que le manga faisait monter la tension autour de Fumiko depuis plusieurs chapitres. On nous montrait qu’elle s’attachait au protagoniste et désirait laisser les choses ainsi pour pouvoir rester à ses cotés. Cependant, l’histoire décide soudainement de changer totalement de direction et Fumiko se fait donc trahir par le héros. Ce désastre scénaristique anéantit totalement ce que le manga construisait jusqu’alors. Certes, cela semblait être la seule solution pour sauver la imouto (qui méritait largement d’être sauvée) mais ce choix manque cruellement de développement. Faire « mourir » un personnage autour duquel on a construit un certain attachement ne peut se faire en deux pages. D’autant plus aberrant quand le protagoniste ne fait que se souvenir vaguement de Fumiko en souriant. Avec une corde. En pensant au sondage. Génial. Et c’est pourtant ce que fit Boku to Kanojo no Koi Log.
#PLUS ZONE SPOILER

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Fumiko, personnage très attachant et première victime du manga

En dehors son écriture désastreuse, il y a peu de choses à redire sur le manga. Le dessin moyen fait le travail et les personnages sont tous appréciables voire plus. Le seul réel défaut dans Boku to Kanojo no Koi Log est donc bel et bien avec son histoire. Cette dernière ayant comme triste défaut d’avoir été originale et entreprenante.
Evidemment, il est généralement bon qu’un manga ou un anime possède une écriture innovante. Mais si cela devient comme avec Boku to Kanojo no Koi Log, alors non, ce n’est absolument pas nécessaire. Ce qui partait comme une romcom particulièrement classique mais agréable devient par la suite une sorte d’histoire de science-fiction/voyage temporel/psychologique bizarre. Un tel amas de genres peut certainement donner naissance à une série formidable, même dans le cadre d’une romcom. Mais pas ici, notre candidat s’étant formidablement raté. Le plus navrant, c’est que l’on viendrait presque à se dire que le manga aurait gagné en qualité à se limiter et à ne pas innover. Un constat véritablement désolant, Boku to Kanojo no Koi Log ayant certes osé quelque chose mais l’ayant surtout complètement raté. À quoi bon innover quand on s’emmêle les pinceaux ? Par moments, la simplicité est préférable.


  1. C’est d’ailleurs ce que racontait plus ou moins Shin’ichirō Watanabe dans son interview #AutoPub 
  2. Le protagoniste décide soudainement d’aller se faire absorber à la place de sa soeur, ce qui aura pour effet de faire dispataire la ligne temporelle où Fumiko a pu apparaitr 
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2 réflexions sur “Critique – Boku to Kanojo no Koi Log : Quand oser n’est pas succès

  1. Du mal à voir l’intérêt des balises Spoiler. Si j’ai bien compris, ton intention était bien de nous éviter un mauvais manga tout en montrant un exemple raté d’un manga s’essayant l’innovation ? Dans ce cas préviens simplement dès le début que ça va spoiler et tant pis pour ceux qui auraient été intéressés e_e. M’enfin ça reste mon avis, c’était juste un détail sur la forme.

    Sinon j’ai bien aimé, du coup je ne m’y essayerai surement pas :D.

    PS : Comment t’es tombé sur ce manga O_o ?

    J'aime

    • Je préviens toujours pour éviter qu’on vienne se plaindre par la suite « prsk ta spoil ptin ;'(« . Et puis apparemment je donne envie de voir/lire les oeuvres de mauvaises qualités. Donc bon.

      Je sais plus comment je suis tombé dessus. Probablement avec les recommandations sur internet ou sur Tumblr. La couverture semblait sympa. Oui, je découvre des choses formidables par du pur hasard. (et c’est pour ça que j’aime bien les scantrad, ça permet de découvrir beaucoup de trucs non licenciés)

      Aimé par 1 personne

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