Point Otaku #20 – Cet anime percera les cieux !

Il est coutume ici de consacrer un Point Otaku entier à une oeuvre quand une dizaine est atteinte. Ce fut le cas avec le Point Otaku #10 et ça le sera encore pour cette vingtième édition. Evidemment, l’occasion étant spéciale il faut choisir une oeuvre à l’hauteur de l’évènement. Quelque chose qui ne peut laisser indifférent quiconque y sera confronté. Un anime tellement puissant qu’il reste toujours une oeuvre culte, continuant de faire frémir anciens et nouveaux fans.
Cet anime formidable répond au nom de Tengen Toppa Gurren Lagann. Et huit ans après, il n’a pas pris une ride. Il a tout pour lui, un réalisateur de talent, un excellent style, une soundtrack aux petits oignons, une histoire mythique et des personnages extraordinaires. Il est clairement l’une des meilleurs réalisations de tous les temps, autant en terme d’esthétique que de pur divertissement.
Si vous ne connaissez pas la série, vous voilà désormais prévenus : c’est d’un chef d’oeuvre intergalactique dont on va parler. Mais comme il est inutile de glorifier une oeuvre sans fondements, préparez-vous à voir ce qui fait – en partie – de Tengen Toppa Gurren Lagann un anime aussi incroyable !

Style – Imaishi of the world
L’une des principales forces de Tengen Toppa Gurren Lagann est à chercher dans son animation. Tout d’abord, l’oeuvre possède un style composé de traits simplistes et vifs, parfois gras lors des scènes d’actions. Ce style, qui colle à la perfection à la soundtrack très « rap » de la série, correspond à une vision souvent exagérée de la série. Comme par exemple certains plans sur Kamina qui parait bien plus grand, dû à l’angle des plans en question. Cet effet accentue le coté badass du personnage, idéal pour coller avec son caractère.

D’ailleurs, les combats sont très bien réalisés. Certes, c’est normal venant d’une série d’action mais force est de constater que Tengen Toppa Gurren Lagann sait y faire. Le style de l’oeuvre permet avant tout de réaliser une animation fluide, idéale en combat. Leur réalisation n’hésite pas à user d’extravagances, insérant soudainement un volcan en éruption comme décor ou en abusant joyeusement d’explosions, au point de faire pâlir Michael Bay1. Les scènes de combat peuvent sembler rapidement partir dans le n’importe quoi, il n’empêche qu’elles marchent parfaitement. Le combat est dynamique et fluide, on est pris directement dans le jeu.
En terme de réalisation pure, Tengen Toppa Gurren Lagann n’a encore une fois pas à rougir. Dans sa globalité, la série est très bonne à ce niveau-là. Les plans sont bien choisis, accompagnant idéalement la narration qui est souvent correctement ordonnée. Le fameux épisode 8 de la série, spécialement dramatique parmi les autres, fut réalisé avec brio de par son ambiance plus sombre que lors des précédents épisodes et par la nature des traits de certains personnages. Ou même l’aspect de nombreux éléments essentiels de la série, allant du pendentif de Simon aux mechas de chacun, en passant par le chara design et l’écriture même de certains personnages.
Et il faut également, voire surtout, parler du final des deux arcs de l’oeuvre. Là encore, la qualité est au rendez-vous avec une animation proche du firmament. En parfait exemple, il suffit de citer les trois derniers épisodes de la série où le budget semblait couler à flot. Abusant de sakugas, l’animation sera d’un tout autre niveau que durant tout le reste de la série (et ce même dans ses meilleurs instants) alors qu’elle affichait déjà une qualité moyenne plus que bonne.
Tengen Toppa Gurren Lagann est une oeuvre aussi belle visuellement qu’intellectuellement. Sa qualité d’animation ne se résume pas à être belle (les adeptes du réalisme diront même que c’est moche) mais grâce à un style bien pensé, la série sait se mettre en valeur. Et avec à sa tête des génies comme Imaishi et Sushio, cette qualité devient rapidement assez compréhensible.
Plus d’illustrations ici

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Soundtrack – Sora iro Days / Libera me from Hell

Do the impossible! See the invisible!
Row! Row! Fight the power!
Touch the untouchable! Break the unbreakable!
Row! Row! Fight the power!

Ces paroles sont parfaitement représentatives de Tengen Toppa Gurren Lagann. Présentes dans plusieurs morceaux de sa superbe soundtrack, elles adhèrent idéalement à l’esprit et au message de l’oeuvre, le dépassement de soi. « Row ! Row ! Fight the power ! » correspond également à plusieurs interludes d’épisodes, rappelant toujours et encore la mentalité de la série.
Hormis ces paroles aussi simples que géniales, l’OST de l’anime est probablement ce qu’il y a de moins réussi ici. À comprendre que c’est l’élément le moins incroyable de tous. Sans être la meilleure soundtrack de tous les temps, il faut malgré tout saluer le travail de Taku Iwasaki. Les nombreux thèmes qu’il a conçu pour la série collent idéalement aux scènes dans lesquelles on les retrouve. On ressent d’ailleurs sa touche jazz, une petite originalité toujours fort sympathique, dans la plupart des thèmes calmes et détendus.
Quant aux thèmes d’action, il sait y faire. Toujours en collant à l’intensité de la série, il conçoit de multiples musiques plus ou moins vives selon la scène où elles seront utilisées. Son coté jazzy apporte toujours une petite touche dramatique aux combats. Et il est également bien aidé par qadtbep, un artiste2 qui confectionnera quelques thèmes supplémentaires totalement différents du travail de Taku Iwasaki. Avec un style bien plus rock, ses thèmes ajoutent une énergie et une force extrêmement bienvenue.
Enfin, plusieurs thèmes de la série sont impressionnants de qualité. Libera me from Hell ou l’opening Sora iro Days sont certainement les meilleures d’entre tous. Pour le premier, notamment utilisé dans l’arc final de l’anime, doit sa beauté à de multiples points. La voix féminine chantant comme dans un opéra donne une dimension grandiose au morceau. Le piano sublime ensuite le célèbre rap de la série avant de reprendre, toujours plus fort, ces deux phases. Enfin, la fusion des deux signe l’apothéose du morceau. Le thème délivre ainsi tout ce qu’il faut : l’énergie et les valeurs de l’oeuvre. L’opening, tout aussi génial, brille aussi par sa composition toujours plus forte. Avec de nombreux sublimes passages à la guitare, le morceau est malgré tout un régal pour les oreilles. Enfin, sa version légèrement retouchée pour le grand final est une superbe ré-utilisation de l’opening très bien vue.
Et c’est justement la manière dont est utilisée la soundtrack que Tengen Toppa Gurren Lagann devient géniale. Sans crier au génie, il faut souligner l’intelligence avec laquelle chaque thème est parfaitement choisi pour telle scène. Si avoir de belles musiques est un réel atout pour une soundtrack, être correctement utilisée l’est encore plus. Et à ce jeu Tengen Toppa Gurren Lagann est un cas d’école. Il y a une réelle symbiose entre la musique et l’animation, au point de justement demander une nouvelle version de Sora iro Days pour s’accorder à la perfection avec le combat final. Et c’est sans doute là que la soundtrack de l’oeuvre devient plus que mémorable.

Personnage – Kamina, parangon des hommes
Kamina est un leader né. Dans l’histoire, il est ce meneur que l’humanité attendait. L’homme que tout le monde rêve de suivre. Kamina ne manque ainsi pas de caractère, surtout avec une logique assez imparable qui consiste à piquer des gros robots pour vaincre de gros robots. Logique parfaite en somme. Et – attention spoiler !! – il fait parti de ces rares personnages qui, malgré une mort prématurée, garderont une importance majeure dans la suite de l’histoire3.
Son surnom d’Aniki est en aucun cas usurpé (contrairement à certains ONIISAMA), il est un parfait grand frère spirituel pour Simon. Ensemble, ils deviennent un duo inarrêtable qui se soutient mutuellement. Si Kamina arrive à être aussi fort, c’est aussi parce que Simon est à ses cotés. « Crois en moi qui crois en toi ! » disait-il. Ainsi, dans les instants difficiles, il redonnait le moral à son jeune camarade en manque cruel de confiance. Le faisant, par extension, croire en lui-même. Et Kamina croit tellement en Simon qu’il finira par lui confier l’avenir de leurs compagnons.
Son personnage possède une force de caractère tellement impressionnante qu’il sera la pièce centrale de la construction de certains de ses compagnons. L’évolution de Simon est une comparaison constante à Kamina. Les lunettes des deux compères sont un indicatif très parlant de leur évolution. Ce détail, qui semble mineur, finira par symboliser la progression de Simon dans la bataille final. Ses lunettes deviendront celles de Kamina avant de devenir encore plus impressionnantes. Tout est dit : l’élève a dépassé le maitre.
Kamina est un personnage exceptionnel. Et ce en tout point. Il est un parfait exemple de volonté inébranlable. Un homme qui ne doute jamais de ses rêves et qui fera tout pour les réaliser. Sa force de conviction est telle qu’il lancera les prémices d’une révolution humaine. Le surnommer parangon des hommes n’est pas exagéré, il est autant un modèle pour ses compagnons que pour le spectateur. Il est aisé de caractériser ses valeurs (croire en ses rêves, en soi et ne jamais abandonner) comme naïves. Mais ce serait alors mal connaitre Tengen Toppa Gurren Lagann.
Konachan.com - 30020 kamina nishigori_atsushi sword tengen_toppa_gurren_lagann weapon

Chef d’oeuvre – Tengen Toppa Gurren Lagann
Tengen Toppa Gurren Lagann est un anime jouissif. Et l’idolâtrer est chose aisée tant l’oeuvre possède de qualités. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Ce serait beaucoup trop dommage, bien trop triste pour une oeuvre aussi riche et intelligente que celle-ci.
Tengen Toppa Gurren Lagann est une oeuvre qui va bien plus loin que le simple anime de mechas trop badass qui explosent par le pouvoir de l’amitié. On a face à nous l’avènement du nekketsu, le « shônen » ultime. Le message de l’oeuvre est simple : croyez en vos rêves, n’abandonnez jamais car vous possédez la force de les atteindre. Le message déjà vu et revu dans de multiples nekketsu. Mais il est ici transmis avec une force, une conviction et une énergie rarement vue jusqu’alors. Rares sont les animes ayant fait frémir leurs spectateurs que Tengen Toppa Gurren Lagann. Et quand il faut chercher l’origine de cette énergie, c’est là que l’on reconnait la qualité de l’oeuvre. Son animation, exceptionnelle dans son grand final, sa soundtrack mémorable et maitrisée et ses personnages aux caractères bouillants sont les multiples raisons de ce succès. Mais il reste autre chose, ce petit quelque chose qui a permis à Tengen Toppa Gurren Lagann d’atteindre le nirvana de la japanimation : sa qualité d’écriture.
Le message de l’oeuvre est très simple et il est pourtant transmis avec une intelligence frôlant le génie (si elle ne l’atteint pas). Si on s’intéresse au foret, objet plus que central dans l’oeuvre, on se rend rapidement compte de la formidable symbolique qu’il représente. Au début de la série, Simon utilise un foret pour trouver de la nourriture et fuir le danger. Il ne fait que survivre. Et, plus tard, c’est avec ce même foret qu’il ira vaincre les plus grandes menaces qui l’empêcheront de vivre. « Ton foret est celui qui percera les cieux !! » disait Kamina. Et c’est ce qui arrivera littéralement. Longtemps utilisé pour s’enfouir plus profondément sous terre, le foret deviendra l’arme qui le fera aller de plus en haut. Des sous-sols il passera à la surface et enfin au fin fond de l’univers. Le foret de Simon est autant un moyen de fuir que de se battre. Et le seul décidant de quelle manière l’utiliser est Simon. Autrement dit, nous avons tous la force de nous battre, il faut simplement l’utiliser.
Autre élément capital de l’oeuvre, le tableau de bord du Lagann qui n’est autre qu’un témoin de la volonté de se battre de Simon. La force de la volonté est ici un véritable point majeur du scénario et de l’univers dans lequel il prend place. C’est cette volonté qui donne de l’énergie aux ganmens. Et c’est uniquement en trouvant la force en eux-mêmes que nos héros ont pu gagner leurs batailles. L’idée est simple, la symbolique est, elle, terriblement forte.
Kamina fut abordé un peu plus haut, alors abordons un peu Simon. Son personnage subit une énorme évolution, passant du petit garçon craintif à l’homme surpassant son modèle. #SPOIL – Si au début Kamina donne de la force à Simon, il devra rapidement composer sans lui et réussir à s’en sortir seul. La scène où il finalise son deuil est splendide, Simon s’affirmant et ne se cachant plus derrière quelqu’un. Au lieu de se reposer sur la force de Kamina, il comptera désormais sur sa propre force. Cette évolution atteint un tout autre niveau lors du grand final où Simon va surpasser Kamina. Au travers de l’oeuvre, cela se remarquera entre autres grâce aux lunettes mais également par sa manière de réclamer une fusion de gemmants. À la manière de Kamina. Et cette évolution sera notamment marquée d’un sublime passage où Simon ira jusqu’à renier un Kamina faiblard et soumis (son ancien lui toujours prêt à fuir) pour ne voir que le Kamina fier et intrépide. Reniant définitivement la fuite et la soumission, Simon décide de se battre jusqu’au bout pour sa vie, celle de ses compagnons, celle de Nia et enfin l’existence même de l’humanité.
Il y a trop de symboliques diverses et variées pour toutes les décrypter ici, mais voici déjà un petit aperçu de la palette proposée par l’anime. On aurait également pu parler de l’Anti-Spiral, de Kittan ou même de la transformation assez surprenante de Boota. Tengen Toppa Gurren Lagann est une oeuvre qui fusionne la force d’une histoire à des qualités de réalisation exceptionnelles. Plus qu’un délire de mechas poussé à son paroxysme, c’est davantage un cri du coeur réalisé par une main de maitre qui s’offre à nous. Des valeurs transmises avec une conviction au moins aussi forte et de la plus belle des manières. À la surface, l’oeuvre est d’une énergie folle, faisant vibrer n’importe quel spectateur. Et derrière se cache une mécanique terriblement bien huilée, réussissant sur tous les points. Rien ne lui échappe. Tengen Toppa Gurren Lagann sonne un peu comme une oeuvre ultime, après laquelle il n’y aurait plus rien. Sans dire que l’anime fut le dernier des nekketsu, il faut tout de même admettre que son empreinte fut et est encore immense au sein de la japanimation. Mais la qualification de chef d’oeuvre lui sied parfaitement. Plus que les cieux, c’est votre coeur que cette oeuvre atteindra au plus profond !
Photo 25-02-2015 00 01 25

Bonus :
– La page Anilist et MyAnimelist de la série
– Mes remerciements à Meloku qui m’a aidé à mettre en lumière certains éléments de l’oeuvre
– La série chez @Anime


  1. Non, je ne compare pas Imaishi à Michael Bay. Ce serait trop cruel pour le réalisateur américain. 
  2. Ayant trouvé très peu d’informations sur qadtbep, il m’est impossible d’en dire davantage sur lui (ou eux). 
  3. Comme par exemple, spoil de Fullmetall Alchemist, le regretté Maes Hughes. 
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